







Seiken Densetsu 3 par GhostDog
Posté le 25 janvier 2006 à 15h47
En 1993, débarqua en France le merveilleux Seiken Densetsu 2, affublé du patronyme de Secret of Mana et accompagné d'un superbe guidebook. Le succès fut au rendez-vous, ce qui n'empêcha pourtant pas Squaresoft, dans un excès de folie que seul l'abus de saké pourrait expliquer, de snober l'occident en refusant d'y localiser Seiken Densetsu 3 deux années plus tard. Les voix du marketing sont décidément impénétrables...
Seiken Densetsu 3 vous plonge dans un monde autrefois déchiré par une guerre entre la Déesse Mana et huit Dieux-destructeurs, viles et maléfiques divinités assoiffées de destruction. Grâce à l'épée Mana, la Déesse vainquit et scella ces Dieux dans huit pierres, les Pierres Mana. Les ténèbres purent alors se dissiper et le monde se développa dans la paix et l'harmonie. La Déesse se transforma ensuite en Arbre Mana et plongea dans un profond sommeil. De nombreuses années s'écoulèrent, jusqu'à ces temps récents. L'ère de paix semble toucher à sa fin: des esprits mal intentionnés et dévorés par l'ambition et la soif de pouvoir désirent libérer les Dieux-destructeurs de leur prison afin de conquérir le monde. Celui-ci voit apparaître de multiples conflits entre royaumes et le Mana se raréfie à un rythme alarmant. Paroxysme de cet état de crise préfigurant de sombres lendemains, l'Arbre Mana lui-même montre d'inquiétants signes de lassitude. C'est alors que la Déesse décide d'envoyer des fées dans le but d'avertir les Hommes du danger qui pèse sur leur monde. Malheureusement, elles passent à trépas l'une après l'autre en chemin, sauf une...

Passée cette introduction, soutenue par un opening theme extraordinaire, le jeu vous convie à choisir votre héros et deux personnages secondaires parmi six choix possibles:

Quelque soit le personnage principal choisi, celui-ci débarque à Jade (sur le chemin de Wendel afin de demander conseil auprès du Prêtre de la Lumière) juste après son invasion par les Hommes-Loups, dont il s'échappe une fois la nuit tombée. Puis, se reposant à Astoria, votre héros est réveillé par une mystérieuse lueur, qui s'avère être une fée en provenance de l'Ile Sacrée de Mana. Épuisée, celle-ci vous choisit comme hôte et vous révèle que l'Arbre Mana se meurt et que le monde court à la catastrophe.
Vous m'avez compris, Seiken Densetsu 3 met en scène une poignée d'adolescents qui doivent vaincre les forces du Mal et sauver le monde dans lequel ils vivent. Le postulat de base est certes convenu, mais la grande force de ce soft est son intrigue riche et aux multiples ramifications, vous proposant six héros au background et aux motivations foncièrement distincts, six histoires personnelles qui n'auront de cesse de s'entremêler tout au long de la quête. Si le jeu se concentre sur le héros que vous aurez choisi en premier lieu, il n'en oublie pas moins les deux compagnons secondaires qui vous rejoignent très rapidement, et il vous arrivera même de croiser les trois derniers que vous aurez laissé de côté. Toutefois, ne vous leurrez pas, le déroulement de l'aventure, le cœur même de sa progression, ne diffère pas sensiblement d'un personnage à l'autre. Vous serez toujours amené à traverser les mêmes lieux, à remplir les mêmes objectifs, à suivre le même fil conducteur. Quelques différences, loin d'être négligeables, se font malgré tout sentir: outre celles liées au background des personnages (séquence d'introduction, dialogues...), la principale distinction réside dans les ultimes moments du jeu, qui vous proposera un site et des bad guy différents suivant le groupe d'ennemis auquel est opposé le héros principal. Sans trop vous en dévoiler, Duran et Angela ont pour but de contrecarrer les desseins de Koren, Hawkeye et Lise affrontent Isabella, Kevin et Charlotte tentent de se dresser contre les ambitions de Deathjester. Ce qui nous donne au bout du compte un scénario central se décomposant en trois sous-scénarii, chacun étant vécu par deux points de vue différents, ce qui n'est pas sans avoir de joyeuses conséquences en terme de replay-value si l‘on désire appréhender l‘histoire sous toutes les coutures.
Et on a d'autant plus d'entrain à se relancer dans l'aventure que celle-ci se révèle bien construite, avec des rebondissements distillés habilement, arrivant à point nommé pour relancer l'intérêt. Certes, la structure narrative ne verse pas dans de grandes envolées philosophiques et est empreinte d'une certaine touche de naïveté, sans oublier la mécanique un brin (doux euphémisme) manichéenne. Toutefois les dialogues sont suffisamment bien écrits pour éviter l'écueil de la niaiserie la plus suffocante qui soit, et les situations vécues par les héros loin d'être une sinécure, ne leur épargnant ni moments de grande affliction ni doutes. Des héros justement aux traits de caractère affirmés, quoique n'échappant point aux stéréotypes inhérents aux RPG japonais (l'épéiste fier et droit, la peste ultra sexy...), ce qui n'empêchent pas un irrémédiable attachement à leur égard au vu de leurs adorables mimiques et de leur design remarquablement soigné. Les méchants ne sont pas en reste sur le plan du charisme (mention spéciale pour Koren) et remplissent parfaitement leur office. Bref, Seiken Densetsu 3 met en scène une aventure réjouissante et très plaisante à vivre, qui a le don de river le joueur à sa manette jusqu‘à son dénouement.

Du côté du déroulement du jeu, vous vous déplacez (à pied, par le biais de voyages en bateau, en canon, sur le dos d'une tortue ou par la voie des airs grâce à Flammy) de lieu en lieu, de ville en ville (où vous vous reposez, faites vos emplettes et conversez avec la populace locale afin de récolter quelques indices sur la marche à suivre); explorez pléthore de sites divers et variés dans lesquels il s'agit de trouver son chemin, résoudre de rares et minimalistes énigmes, et principalement de combattre.
Lorsque vous croisez un ou un groupe de monstres, vos héros dégainent leur arme et se mettent en posture d'attaque. Vous n'avez alors plus la possibilité de courir, seulement de marcher (quoique le terme n'est peut-être pas approprier tant vos personnages donnent l'impression de "glisser" sur le sol), ce qui rend la fuite particulièrement fastidieuse. Si nous sommes toujours en présence de combats en temps réel, basés sur la liberté de déplacements et la possibilité d'attaquer à votre guise, le système a subi quelques profonds changements par rapport à Secret of Mana. Dans ce dernier, lorsque vous portiez un coup par le biais du bouton A, il fallait attendre qu'une barre se recharge à 100% pour pouvoir re-déclencher une attaque à pleine puissance, et l'on devait maintenir le bouton enfoncé pour charger la barre et accéder à diverses techniques spéciales variant suivant l'arme équipée. Dans Seiken Densetsu 3, à chaque coup adressé à votre assaillant, une jauge se remplit d'un cran et vous pouvez déclencher une attaque spéciale en pressant le bouton B lorsqu'elle atteint un certain seuil (quatre dans un premier temps, puis sept et enfin dix, soit au total trois techniques par combattant). Les magies sont bien entendu de la partie et elles sont utilisables via le menu en anneau (bouton X), dont le recours a la fâcheuse tendance à venir casser quelque peu le rythme des affrontements. Un ring menu qui vous permet également d'utiliser des items, limités à neuf par sorte (signalons la présence bienvenue d'une réserve via le bouton Start permettant de stocker jusqu'à 99 de chaque catégorie d'objet et d'opérer des transferts et des réapprovisionnements, mais seulement hors combat, avec le ring menu).
Vous dirigez uniquement un personnage sur les trois disponibles (vous pouvez switcher en appuyant sur Select, ou contrôler temporairement l‘un ou l‘autre de vos compagnons via les boutons L et R), les deux autres étant gérés par une IA qui a fait quelques progrès depuis le précédent opus, sans toutefois éviter de sombrer dans quelques désagréables travers. Si vos compagnons n'ont plus cette désespérante manie à rester bloquer dans les éléments du décor et s'il est possible de paramétrer leur comportement (plus ou moins offensif) au combat, on ne peut pas prétendre malheureusement qu'ils brillent par leur extrême habilité lors de ces joutes, vous contraignant à garder systématiquement un oeil sur leurs HP, et il est également fort regrettable qu'ils ne soient pas autonomes pour se soigner ou pour lancer des magies offensives.
Toutefois, ces griefs s'attenuent grandement dans l'hypothèse hautement recommandée où un(e) ami(e)/frère/sœur/autre parent décide de prendre le contrôle d'un des deux personnages initialement aux mains de cette IA limitée. Cette possibilité offerte à deux joueurs « humains » de partager l'aventure constitue le point fort incontestable, ouvrant de réjouissantes perspectives insoupçonnées en solo (établir des petites stratégies pour aborder les combats « chauds » par exemple) et faisant souffler le vent jouissif de la convivialité sur un genre d'ordinaire si autiste dans l'âme. Même si l'on peut regretter la petite régression par rapport à Secret of Mana, où l'épopée pouvait être partagée à trois...

Une fois la zone nettoyée de ses monstres, vous récoltez comme de coutume points d'expérience et monnaie sonnante et trébuchante. Parfois, l'opposant fraîchement passé à trépas a la bonté de laisser en souvenir un joli coffre au contenu que l'on devine fort alléchant. Toutefois, ces coffres sont souvent piégés, des pièges multiples prenant la forme d'une sorte de « Roue de la Fortune » qu'il convient de stopper à l'endroit approprié afin d'éviter des dégâts à votre héros. Comme dans tout bon RPG qui se respecte, en accumulant les EXP, les membres de votre groupe montent en niveau. Chacun d'entre eux disposent de caractéristiques dans six catégories précises (Force, Agilité, Vitalité, Intelligence, Chance et Esprit) que vous pouvez renforcer à l'occasion du passage au level supérieur où vous devez investir un point supplémentaire dans la statistique de votre choix.
Vos héros sont également personnalisés par une classe (ainsi Duran est un épéiste, Angela une magicienne...) et développent des pouvoirs et des habilités qui leur sont propres. Lorsque ils atteignent le level 18, vous pouvez les promouvoir, à condition de se présenter devant une statue de la Déesse Mana. Vous avez alors le choix entre deux classes, l'une étant alignée vers la Lumière tandis que l'autre basculant vers le côté moins glamour des Ténèbres. Un changement qui affecte non seulement les statistiques des guerriers et leur permettent d'avoir accès à toute une panoplie de magies et de techniques spécifiques, mais aussi leur apparence.
Mais ce système de classes ne s'arrête pas en si bon chemin, car une fois le level 38 atteint, une deuxième promotion s'offre à vos héros. Là encore, vous devez choisir entre deux nouvelles classes, l'une éclairée par la voie de la lumière, l'autre soumise aux tentations du côté obscur. Le jeu propose donc au total sept classes (celle de base, Light, Dark, Light/Light, Light/Dark, Dark/Light et Dark/Dark) pour chacun des six héros, une sympathique diversité aux myriades de combinaisons possibles renforçant d'autant plus la replay value du jeu, même si l'on peut regretter que certaines de ces classes se révèlent pauvres en pouvoirs et peu intéressantes à utiliser. Toutefois, cette seconde promotion n'est pas aisée, nécessitant un item spécifique pour accéder à la classe désirée, un objet dont la trouvaille (par le biais d'un coffre au sortir d'un combat) peut prendre un certain laps de temps tant elle s'avère hasardeuse.
Du côté de l'armement, contrairement à Secret of Mana où les trois héros pouvaient manier huit types d'armes, Seiken Densetsu 3 simplifie la chose en enfermant les six personnages dans le maniement d'une catégorie arme bien précise (les épées pour Duran, les lances pour Lise...) sans possibilité d'en contrôler d'autres. Aucun système d'expérience n‘étant attaché à ces instruments de mort, exit par conséquence le leveling des armes (et des magies par la même occasion, la puissance des sorts étant exclusivement liée au niveau de la statistique Esprit) par nombre d'utilisations de l'opus précédent. Par rapport à ce dernier, certes l'on gagne en accessibilité et en lisibilité, les côtés pénible et fastidieux étant gommés, mais l'on perd en contrepartie en possibilités de customisation. Ce qui m'a légèrement déçu, même si le système de classes vient agréablement rattraper le coup.

S'il y a bien un point qui a le don de susciter l'unanimité dans Seiken Densetsu 3, c'est l'impressionnante qualité de sa réalisation technique. Graphiquement parlant, le soft est d'une beauté ahurissante, sans conteste l'un des plus beaux jeux de la SFC. Les décors, fourmillant de moult détails, sont somptueux, variés et magnifiquement colorés. Personnages et monstres sont à l'avenant, dessinés avec soin et finesse. Le tout est parfaitement animé et rehaussé par pléthore d'effets visuels: les magies et les attaques spéciales, notamment les plus puissantes, bouleversent par le déluge pyrotechnique qu'elles occasionnent, et le hardware (effets de transparence, de distorsion, rotation, zoom, world map en mode 7...) est remarquablement exploité. Dans ces conditions, je vous laisse le soin d'imaginer les combats spectaculaires contre les boss, dont certains impressionnent par leur démesure.
Et ce n'est point tout, car à cette orgie visuelle quasi-orgasmique vient se greffer le plaisir auditif par la grâce de musiques mirifiques. Celles-ci sont composées par Hiroki Kikuta, déjà auteur de l'inoubliable OSV de Secret of Mana, qui commet là un nouveau coup de maître. Les thèmes, à la diversité appréciable (l'OSV s'étale sur trois CD, pour un total de 60 tracks), confinent le plus souvent au génie, avec une mention spéciale pour les pistes tristes (Innocent Water, Angel's Fear...) qui ont le don, avec l'utilisation d'un ou deux instruments (piano, guitare) de plonger le joueur dans un océan de profonde mélancolie. L'on retiendra également l'ébouriffant opening theme (Where Angels Fear to Thread), certains boss theme (Nuclear Fusion par exemple) et bien d'autres encore (Meredian Child, Three of Darkside, Can You Fly Sister?...). Il y a évidemment quelques morceaux plus quelconques, mais dans l'ensemble le compositeur signe une bande son d'une qualité rare, contribuant grandement à l'atmosphère magique qui émane du jeu.
Et qui a aussi le bon goût d'apaiser votre esprit, tant Seiken Densetsu 3 s'avère être un challenge plutôt ardu, surtout lorsqu'on y joue en solitaire (je radote mais les deux compagnons contrôlés par l'IA ne sont pas d‘un grand secours, bien au contraire, passant plus de temps à mourir qu'à vous prêter main forte), avec de nombreux passages délicats et crispants. Une difficulté que l'on peut néanmoins moduler dès le départ, lors du choix des personnages: ainsi l'aventure sera d'autant moins difficile si l'on prend garde de composer un trio homogène, dont les capacités se complètent à merveille. Le cycle jour/nuit pèse également sur la difficulté (la nuit, certains monstres dorment, Kevin voit sa puissance augmenter en se transformant en loup-garou...), tout comme le calendrier qui y est attaché. Dans le monde de Seiken Densetsu 3, les semaines sont composées de sept jours, six étant placés sous le signe d'un Esprit tandis que le septième est le jour de Mana (pendant lequel les auberges sont gratuites), un système qui influe sur vos magies. A titre d'exemple, lors du jour d'Athanor (Esprit du feu), les magies rattachées à cet élément sont plus puissantes, tandis que celles affiliées à Ondine (Esprit de l'eau) perdent en efficacité. Une donnée à ne pas négliger, histoire d'optimiser vos chances lors des combats.
Toutefois, malgré cette difficulté relativement élevée, la quête ne s'étire guère au-delà des 20-25 heures de jeu, ce qui peut paraître un poil court, d'autant plus que l'aventurier ne trouvera point de quêtes annexes pour égayer son quotidien. Mais il n'est pas question de faire le fine bouche car comme j'ai déjà pu l'écrire auparavant dans ce test, la replay value est plus que respectable et le déroulement de l'aventure n'est pas totalement linéaire, vous laissant à un moment donné le choix de remplir les objectifs dans l‘ordre que vous souhaitez.



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