



rédigé par GhostDog


Ys II : Ancient Ys Vanished The Final Chapter par GhostDog
Posté le 4 juin 2006 à 22h16
Après un premier épisode correct mais terni par de maladroites imperfections, Nihon Falcom ne tarda pas à remettre le couvert et à nous livrer la suite des aventures d'Adol en Esteria. La Sega Master System ayant été cette fois-ci superbement snobée, c'est sur la version Famicom que j'ai jeté tout naturellement mon dévolu. Pour le meilleur?
Cette seconde partie se place immédiatement après les évènements ayant clos Y's The Vanished Omens. Adol, après avoir gravi la petite vingtaine d'étages de la Darm Tower (Tower of the Doomed dans la version Master System), défait le mystérieux Dark Fact au terme d'une lutte âpre, éprouvante, et met ainsi la main sur le sixième et ultime livre d'Ys. Mais notre héros à la chevelure écarlate n'a guère le temps de savourer son triomphe, une lumière l'enveloppant soudainement, lumière s'élevant des cimes de la Darm Tower vers le ciel en direction d'une contrée flottante au-dessus des nuages. Quand il rouvre les yeux, une vision fort agréable lui flatte les rétines, une jolie jeune fille se tenant près de lui, inquiète de l'avoir trouvé inconscient, étendu sur le sol. On a connu réveil plus désagréable. Cette charmante demoiselle, répondant au doux prénom de Lilia, lui fait savoir qu'il se situe dans le royaume d'Ys et lui propose de la suivre jusqu'à son village (Rance). Là-bas, notre héros apprend de la bouche même de sa mère que la jeune fille est gravement malade, à un tel point que son espérance de vie est réduite à trois mois, tout au plus. Seul un certain docteur Flair connaît le remède pour la soigner. Elle confie alors à Adol une lettre à remettre à ce médecin et lui offre un beau petit pécule de pièces d'or indispensable pour s'équiper (car dans son voyage express entre la Darm Tower et Ys, Adol a "égaré" toutes ses armes, armures, boucliers et autres items amassés lors de la première aventure, seuls subsistant dans l'inventaire les six livres d'Ys). Une fois une épée et une armure achetées au marchand du coin, et après avoir discuté avec l'ensemble de la populace locale, l'aventure peut enfin débuter...

Vous prenez évidemment le contrôle d'Adol pour le guider dans une quête aux enjeux autrement plus imposants que ne laisse supposer le postulat de départ décris ci-dessus. Très rapidement, vos pérégrinations vont vous amener à faire la rencontre des statues des six prêtres disparus (Hadal, Toba, Dabby, Mesa, Jemma et Fact, soit les six hauts prêtres qui dirigeaient autrefois Ys au temps de sa splendeur aux côtés des deux Déesses) qui, au contact du livre leur correspondant, vont vous révéler la menace qui pèse sur le royaume d'Ys et sur le monde, et par la même occasion la véritable nature de votre mission: abattre la source du Mal et ses sombres desseins à l'origine du malheur imminent. La traditionnelle lutte du bien contre les forces maléfiques, rien de foncièrement bouleversant dans ce schéma éculé me diriez-vous, mais pour un jeu de la fin des années 1980, vraie préhistoire du média non seulement sur le plan technique mais également sur le plan narratif, ce Ys II bénéficie certes d'un scénario simple à appréhender et peu porté sur les grandes envolées verbeuses, mais autrement plus travaillé que nombre de ses confrères de l'époque. La mythologie entourant le royaume d'Ys a fait l'objet d'un soin certain, l'intrigue est passionnante de bout en bout (rhaaaa ce final en apothéose!!!) avec la rencontre de nombreux NPC qui viennent régulièrement se greffer à la narration pour distiller des informations/révélations plus ou moins importantes, et l'ensemble forme avec les évènements contés dans le premier opus une histoire à la cohérence réjouissante que l'on suit avec un plaisir non feint. Et ce d'autant plus facilement que l'ambiance, dans la droite lignée du volet précédent, se révèle fabuleuse et a le chic de faire voyager notre âme de joueur loin, très loin. Chaque lieu traversés, au mystère palpable et chargés d'histoire, ont ce charme, ce cachet si difficilement définissable propice à l'évasion mentale, une atmosphère magique magnifiée par des musiques (composées par le trio Yuzo Koshiro/ Hideya Nakata/Mieko Ishikawa) une nouvelle fois divines malgré la qualité désuète du processeur sonore de la Famicom. Quant au héros, il fait preuve de toujours autant de charisme sur le plan du design, mais se montre également toujours aussi peu loquace. Silent protagonist par excellence, Adol se complaît ainsi dans le silence tout au long de l'aventure (sauf dans l‘introduction où il s‘autorise deux courtes phrases). Ainsi, on ne se contente pas de diriger Adol, on est Adol, et il vous revient donc de vous mettre promptement dans la peau du personnage, de remplir cette coquille vide avec vos propres émotions et pensées issues de votre fertile imagination. Un processus d'identification toujours aussi jouissif...

Concernant le déroulement du jeu, Ys II, à l'instar de son aîné, fait dans l'A-RPG basé sur l'alternance de visites de villages réparatrices et de ballades dans des dédales peu avenants remplis de monstres guère hospitaliers. Alors qu'Ys premier du nom ne proposait qu'un nombre riquiqui de lieux, cette suite s'avère heureusement plus vaste : trois villages (au lieu d'un et demi précédemment); des donjons plus variés nous faisant traverser de vieilles ruines, des mines lugubres abritant les sanctuaires abandonnés à l'intérieur desquels résident les statues des prêtres, des montagnes enneigées, des grottes surchauffées par la lave en fusion, sans oublier l'antre de l'ennemi (Solomon Shrine) que vous visiterez de fond en comble (remparts, bâtiments, égouts). Les monstres peuplant ces contrées hostiles étant présents en grand nombre, vous imaginez fort aisément que vous n'aurez point le temps de ressentir les affres de la solitude, le combat étant votre pain quotidien. Tout comme dans l'épisode originel, ici point de bouton dévolu à l'attaque. Pour blesser un opposant, il suffit tout simplement de le charger et de lui rentrer dans le buffet, et vice versa, les monstres vous infligeant des dommages de la même manière. Les chocs frontaux, les yeux dans les yeux, sont à proscrire (sauf si votre niveau est largement supérieur à celui de votre adversaire) pour optimiser vos chances de survie, et il s'agit donc de privilégier les assauts sournois dans les angles morts. Toutefois, une légère déception se fait sentir par rapport au premier épisode Master System : dans celui-ci, seul le contact avec l'épée d'Adol infligeait des dégâts et vu que notre héros la tenait dans sa main droite, c'était un facteur non négligeable à prendre en compte dans la tactique d'approche des monstres; dans ce Ys II, indifféremment l'épée et le bouclier peuvent administrer des dommages, ce qui du coup rend les joutes un brin moins subtiles, moins fines. Autre petit changement apporté à cette suite, la vitesse de déplacement d'Adol a été considérablement boosté (encore heureux pour lui qu'il n'y ait pas de contrôle anti-dopage pour les héros de JV), au point de laisser sur place tous les ennemis rencontrés au cours de l'aventure. Si le dynamisme des combats s'en trouve accru, le challenge se voit amoindri tant il est aisé d'échapper à ses agresseurs, de surcroît moins agressifs (à croire qu'ils ont été drogués) par rapport à ceux de Ys I Master System qui avaient la fâcheuse manie d‘être pot de colle et d'être parfois plus vifs qu‘Adol (notamment dans la Tower of the Doomed) . Le jeu est par conséquent plus accessible, moins frustrant, ce qui honnêtement n'est pas une mauvaise chose en soi au vu des crises de nerfs engendrées par le volet précédent. Toutefois, ne vous méprenez pas, "plus accessible" ne signifie pas "promenade de santé le sourire au coin des lèvres", et il convient de faire preuve de prudence et de concentration dans vos assauts, notamment contre les monstres du dernier tiers du jeu.

Les nouveautés de gameplay apportées par cette suite ne se limitent pas à ces quelques réglages. Ainsi, l'innovation principale de Ys II réside dans l'apparition de la magie (et par corrélation d‘une barre de MP). Précisément, six types de magie sont à découvrir au cours de votre voyage :
La magie a le bon goût d'apporter une plus grande variété au niveau du gameplay, de l'enrichir grandement, mais a aussi pour effet pervers d'abaisser un peu plus la difficulté du soft, notamment avec l'utilisation intensive de Fire (qui a pour avantage de consommer relativement peu de MP). Pauvres monstres, déjà qu'ils sont bien moins rapides que votre personnage et qu'ils sont incapables de vous attaquer à distance, les voilà qu'ils se font canarder de loin sans qu'ils ne puissent réagir! Plus problématique, les affrontements contre les boss deviennent beaucoup trop simples et perdent ainsi en intensité. Souvenez-vous, dans Ys I, nous devions assimiler au préalable leurs patterns afin de les charger au corps à corps au bon moment. Dans le cas présent, point besoin de s'adonner aux joies du Learn & Retry et de la frustration qui en découle, équiper la magie Fire puis matraquer le bouton permettant de lancer le sort suffit à les envoyer au tapis sans qu'une goutte de sueur vienne perler sur le front d'Adol. Sans exagérer, il se peut même que ces face à faces ne durent qu'une poignée de secondes pour peu que vous ayez suffisamment « levelé » auparavant! Il es cependantt à noter que ce constat ne s'applique qu'aux cinq premiers boss de l‘aventure, les deux derniers se montrant insensibles à la magie Fire et réclamant par conséquent beaucoup plus d'énergie, de concentration et d'habileté pour en venir à bout, dans la grande tradition des jeux old-school.

Ys II ne brille donc par ses joutes à la difficulté diabolique et par des boss démoniaques prompts à vous bloquer des heures durant. Le véritable challenge du soft est ailleurs : ce sont ses "donjons", leur structure même, bénéficiant d'un level-design complexe et retors. S'étalant sur de nombreux écrans se ressemblant énormément (ce qui n‘aide pas pour se repérer), labyrinthiques à souhait, bourrés d'impasses perverses, ils nécessitent un sacré sens de l'orientation et une parfaite maîtrise de soi, notamment tout ce qui concerne la partie de la quête se déroulant dans le Solomon Shrine où les jets de manette intempestifs ont de fortes chances de devenir monnaie courante pour peu que vous soyez un tantinet impatient et nerveux. Peu d'énigmes viennent égayer votre quotidien en ces lieux peu fréquentables, si ce n'est celles se résumant à dénicher tel objet pour l'utiliser à tel endroit, généralement à l'opposé (bonjour les aller-retours incessants, c‘est dans ces moments là où l‘on remercie les développeurs d‘avoir augmenté la vitesse de déplacement d‘Adol...) et celles basées sur l'utilisation de la magie Transform, mise à contribution à plusieurs reprises pour la bonne progression de l‘aventure. A titre d'exemple, pour pénétrer dans le Solomon Shrine, il faudra au préalable se transformer en monstre pour que les deux gardes vous autorisent à passer. Pas de quoi faire surchauffer les neurones comme vous pouvez le constater, mais soulignons que l'utilisation régulière de ce sort de transformation, bien qu'il soit gourmand en MP, s'avère hautement recommandée puisqu'il vous permet de récolter des indices sur la marche à suivre en parlant aux monstres (utile quand vous ne savez plus où aller et quoi faire) ou tout simplement d'éviter les monstres et de progresser ainsi sans souci, apportant par là même (en forçant le trait) une petite touche « infiltration » certes totalement anecdotique mais ma foi fort sympathique et rafraîchissante.

Du côté de l'évolution d'Adol, combattre rapporte évidemment moult points d'expérience qui lui permettent de monter progressivement en niveau, et par conséquent de renforcer ses caractéristiques (HP, MP, force et défense). Alors que la montée en puissance était malheureusement plafonnée au level 10 dans Ys I Master System, en l'espèce vous pouvez faire grimper votre héros jusqu'au level 24 au maximum, un stade que l'on atteint tranquillement dans le dernier quart de l'aventure, voire avant pour les obsédés (comme moi) du leveling à outrance. Adol étant très speed et les monstres plutôt simples à vaincre, on ne peut pas prétendre que leveler s'avère une opération particulièrement fastidieuse et contraignante. Au contraire, cela se fait d'une façon très graduée et naturelle. Autre élément à prendre en considération dans la gestion du personnage, vos combats vous donnent l'occasion d'amasser de l'argent, indispensable pour faire l'acquisition d'épées, armures et boucliers de plus en plus puissants. Des items à acheter ou à trouver dans des coffres éparpillés dans les donjons prendront place dans votre inventaire, leur nombre ayant été significativement revu à la hausse par rapport à Ys I. Vous pouvez une nouvelle fois sauvegarder n'importe où à n'importe quel moment à partir du menu (à l'exception des combats contre les boss), ce qui est tout de même diablement pratique. Du côté de la réalisation technique, elle se révèle un chouia moins bonne qu'elle ne l'était sur Master System : les couleurs bavent quelque peu et des clignotements au niveau des bords d'écran sont à déplorer lors des scrollings. Rien de franchement honteux néanmoins, d'autant plus que les sprites et le design global s'avèrent soignés. Enfin, un petit mot sur la durée de vie qui sans être bouleversante ne peut être taxée de dramatiquement famélique : comptez environ dix bonnes d'heures pour une première partie, qui a toutefois toutes les chances de demeurer unique vu que la rejouabilité est loin d'être assurée (aucune sous-quête, aucun a-côté n‘étant à relever). Au final, Ys II est un excellent jeu à recommander dans cette version Famicom (qui existe seulement en japonais, mais une traduction anglaise est disponible sur le net) à tous les vieux dinosaures « 8 bits addict » (comme moi), amoureux du premier opus Master System et désireux de prolonger l'expérience sur un support équivalent. Pour les autres, sachez que ce monument de l'ère 8 bits brille de tout son éclat sur PC-Engine (Ys Book I&II) et qu'il a été superbement adapté sur PC Windows (Ys I-II Complete notamment). Enfin bref, débrouillez-vous comme vous le voulez, l'essentiel étant d'y jouer. Et ceci n'est pas un conseil, mais une injonction



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