



Critique
Posté le 20 août 2009 à 12h07 par Olivier
Un héros avec des cheveux blancs en pétard, un oeil de verre du côté droit, un bout de clope tordue constamment fixé au coin des lèvres et qui se trimballe à longueur de temps avec une grosse boîte en bois sur le dos, ça vous parle niveau animé ?
Pas forcément ? Moyen pas trop ? Ben va falloir quand même vous y faire si vous décidez de vous éviter une erreur lamentable et de vous pencher des plus sérieusement sur l'animé que je vous propose en critique aujourd'hui : Mushishi. Et ce surtout pour peu que vous l'ayez complètement zappé au moment de sa sortie en 2005-2006... il est plus que temps de réparer cette omission et de vous attacher à un anime réellement d'exception. Surtout si en plus il vous a échappé que cet anime provient d'un manga de qualité manifestement aussi exceptionnelle, même si je n'ai pu pour ma part, y jeter encore un coup d'oeil, mais je vous y invite ardemment ! En tous cas tout ceci est suffisamment rare dans le petit monde assez rabaché des animés qu'on nous offre traditionnellement pour qu'on s' y attarde. C'est précisément ce qu'on va faire ici, examinons ça.

Alors quoi c'est donc Mushishi ? Et bien un Mushishi est une personne itinérante qui va de par le monde pour dénicher, analyser, répertorier et le plus souvent se confronter à des Mushis. Et quoi c'est donc des Mushis ? Bon, là ça devient ardu, vous comprendrez mieux en regardant l'animé 
Mettons, pour faire court, que ce sont des entités vivantes d'une nature complètement différente du monde vivant tel que nous l'appréhendons. Ils sont à la frontière de la vie et constitué de la plus pure énergie vitale elle-même. Pour le commun des mortels, ils sont parfaitement invisibles bien qu'il y en ait partout et constamment. On ne peut qu'en voir occasionnellement les effets puisqu'ils entrent régulièrement en interaction avec le monde vivant visible, mais ne pouvant les voir, on interprète alors cela comme des maladies, des dons personnels, des catastrophes liées au hasard ou des bienfaits immenses dûs au bon vouloir des Dieux.
Les Mushishis ont donc évidemment la capacité de voir les Mushis. D'autres personnes aussi parfois le peuvent, mais elles sont très rares et généralement prises pour des fantaisistes ou des fous averés.
L'anime va donc s'attacher à suivre l'itinérance de Ginko, Mushishi de son état, dans un Japon qu'on ne saurait complètement dater. Si Ginko semble relativement contemporain, les personnes qu'il rencontre au sein de petites communautés ressemblent plus à un 16, 17, ou 18e siècle... On n'en saura rien de plus et finalement ça n'a pas grande importance. Chacune de ces rencontres constitue un épisode en entier et sera l'occasion pour le héros de se retrouver confronté et de devoir résoudre les interactions étranges, souvent dramatiques et toujours surprenantes entre les Mushis et les autres êtres vivants.

Ginko possède un passé très trouble et n'a pas toujours été ce qu'il est aujourd'hui. Vous vous dites : encore un héros dont on ne saura rien et qui jouera son énigmatique jusqu'au bout... Et bien pas du tout, certains épisodes sont spécialement dédiés au passé de Ginko et on en sait absolument tout à la fin... Même un peu de son avenir, peut être 
Quoi qu'il en soit, il est donc aujourd'hui un Mushishi et d'un genre un peu particulier. En effet, il a pour caractéristique d'attirer de façon phénoménale les Mushishis autour de l'endroit où il s'attarderait par trop longtemps, et cette attraction créerait forcément à terme des situations catastrophiques. Aussi ne fait-il toujours que passer. Son séjour ne peut excéder un mois ou deux. Au mieux, et il le fait souvent, il repasse un ou deux ans plus tard. Mais son cheminement ne peut et ne pourra jamais cesser.
Humainement c'est un homme intelligent, amusant, connaisseur de la nature humaine et plus encore connaisseur des Mushis. Il ignore complètement une part de son passé mais n'en est pas « trouble » pour autant. Il fait avec et poursuit son chemin avec sa malle de bois sur le dos... qui en fait l'équivalent d'une mallette de médecine, mais version Mushis ;-)
Un des seuls personnages récurrents de la série. Et encore, on doit le voir trois ou quatre fois et c'est tout, mais bon
Adashino est un collectionneur d'objets qui sont liés aux Mushis. Ginko passe régulièrement le voir pour lui vendre quelques objets, ou parfois trouver des informations auprès de cet homme fortement insérés dans l'univers des Mushishi.
Pas d'autres personnages à présenter ? Ben non :-D Du fait de l'itinérance de Ginko, les gens qu'ils rencontrent ne sont jamais les mêmes, dès lors il y a des personnages plus importants que d'autres, mais aucun hormis Adashino qui revienne régulièrement et que je pourrais donc présenter ici. Fort de ce constat, je me suis demandé qui sont les autres protagonistes ? La réponse est rapidement venue finalement et est assez évidente...

Ben oui, les Mushis ! On ne parle que d'eux finalement. Ce ne sont certes jamais les mêmes, mais ils appartiennent tous à ce vaste ensemble et sont tous à l'origine des histoire qui nous sont contées ici. Que sont les Mushis ? Que veulent-ils ? Pourquoi entrent-ils en relation avec le « vivant », notamment humain, créant des situations parfois assez dramatiques ? En fait leur seule motivation est d'être tout simplement. Ils réagissent à des stimulus très simples : le son, la chaleur, la lumière... Et leur seul objectif est de se développer, de mener à bien leur cycle de vie. Bien plus souvent ainsi, ce sont les humains de par leur activité qui interfèrent dans ce processus. D'ailleurs, Ginko ne tente pas d'éradiquer les Mushi, il résout juste les problèmes que ces interactions ont pu causer.

Allons bon, la nature maintenant... Qu'est-ce que c'est que ce « personnage » ?
Et bien à bien y songer, il est indéniable que la nature et l'environnement naturel tient une place centrale dans chacun des épisodes. Que ce soit la mer, la montagne, la forêt, les étangs, les bambous, la neige ou même l'air, tous ces éléments sont des protagonistes principaux dans les histoires qui sont racontées. D'ailleurs, ils sont représentés avec beaucoup de soin et force détails. La nature est ici une matière vivante qui a fait notamment adorer à Vlidie la façon dont les plantes et toute la végétation sont graphiquement représentées. Une telle attention ne peut être porté qu'à un acteur essentiel de l'histoire.

Techniquement, sans montrer des qualités qui décoiffent, Mushishi assure tranquillement son postulat et se révèle au final quasi inattaquable. Je veux dire que les graphismes ne présentent rien de révolutionnaire et se révèlent bien faits sans prétendre à une démonstration technique absolue. Mais le tout est fait dans une parfaite cohérence avec l'univers et l'atmosphère de l'animé, et surtout les prouesses graphiques n'interviennent que sur ce qui est important. C'est quand on s'attarde sur les enchevêtrements de végétation, sa luxuriance, sa diversité et lorsqu'on nous donne à voir des plans rapprochés de la nature qu'on se rend compte du travail qui a été effectué. Leur représentation est vraiment très belle, très riche et surtout très fidèle. Ceci offre un cadre parfait pour le déroulement des histoires et un maintient constamment cette atmosphère de proximité très étroite entre la nature, les éléments et les hommes tout en ne devant jamais envahissante : l'image est là pour représenter l'histoire, pas l'inverse. Pour cela, on le sait, il faut un anime qui a de vraies histoires à raconter, et Mushishi en a, et pas du scénario à deux balles avec moult effet graphique dans ce cas là...

Le chara design est plutôt réussi dans le sens ou le héros est partagé entre une apparence un peu « quelconque », limite débraillé parfois... et une aura presque « surnaturelle » parfois avec cet oeil de verre qui nous est la plupart du temps caché par une mèche de cheveux, ces mêmes cheveux complètement blancs... Ce héros tient à la fois de l'homme du commun et du « super héros » qui a subit une mutation. Il est humain, et plus complètement à la fois.
Mêmes remarques à propos des personnes qui nous sont données à rencontrer au fil des histoires. Leur apparence est des plus commune mais quelque chose de « surnaturel » apparait chez eux du fait de l'intervention des Mushis. Ils gardent en tous cas toujours un visage de vraie humanité et sont représenté graphiquement avec beaucoup de sensibilité et d'émotion qui nous pousse à l'empathie et nous les rend attractifs spontanément.
Pour réussir à partager ce qui leur arrive, et c'est le seul but des histoire de Mushishi, il fallait créer des personnages dont on comprend la psychologie et dont on partage les émotions. Là, s'est très réussi effectivement. Le seul petit reproche qu'on pourra faire sera justement là peut être : à force, les différents personnages rencontrés, jamais les mêmes, finissent par énormément se ressembler. On retrouve des traits de visage très communs, notamment dans la représentation des yeux ou des coupes de cheveux. Mais bon, c'est du détail sans importance cela :-)
Le découpage en 26 épisodes qui représentent à chacun une unique histoire convient très bien. Ca convient déjà parce qu'aucune lassitude ne s'installe et on a toujours plaisir à retrouver Ginko et ses incroyables rencontres
Et ça convient d'autant plus ensuite qu'on se serait senti très frustré si la série s'était stoppée après juste 13 petits épisodes : on aurait pas eu notre dose ! 26, c'est pile bien :-D

La musique enfin tient une grande place dans Mushishi. mais à l'instar des graphismes, on ne s'en rend pas compte immédiatement. Pas de grands effets d'orchestration ici, la musique s'insère dans le déroulement de l'histoire et participe à son intensité mais sans jamais la gêner par des effets trop tapageurs. Ce d'autant plus qu'on a principalement affaire ici à des instruments « naturels », avec beaucoup de percussions, d'instruments à vent, des instruments traditionnels et des compositions très « aériennes ». Mais lorsqu'on s'y attarde, on se rend compte que la musique, justement créé beaucoup de l'atmosphère de Mushishi. Il suffit d'écouter l'OST pour se rendre compte que non seulement on en connait, et bien, tous les morceaux (et ils sont nombreux), mais qu'en plus on les apprécie tous ! Chacun s'est lentement introduit dans notre esprit pendant les histoires, et tel un Mushi, y a fait son nid
Etonnant !
Les compositions sont vraiment remarquables, surtout vu leur nombre, et en plus d'une qualité uniforme : chaque morceau est une petite perle en lui-même. Il n'y a pas de redondance et la qualité des musiques prête toute son émotion très naturellement à l'anime tout en ne le vampirisant pas. Chapeau bas à ce musicien qui est parvenu à toucher de façon aussi étroite à l'essence même de Mushishi, à s'en inspirer aussi bien tout en semblant lui-même inspirer ces histoires.
A noter en dernier point concernant la musique de cet anime que les opening et ending sont particuliers. Dans le sens où il n'y a pas de ending
, et dans le sens où l'opening n'est pas d'origine japonaise. Rare et étonnant, non ? Il s'agit en fait d'une chanson très justement intitulé « The sore feet song » de Ally Kerr. En effet, vu le chemin parcouru par Ginko, on se doutera que la « chanson des pieds fatigués » lui conviendra très bien ;-) Et là encore, une chanson toute en acoustique avec juste une guitare une voix, rien de remarquable mais un petit air qui s'infiltre gentiment dans votre tête sans en avoir l'air.
Au final, précisément, c'est cette façon dont les aspects techniques restent en retrait pour être pleinement au service de l'histoire qui est notable et plus qu'appréciable. Car retrait ne veut en plus pas dire inexistant ou de faible qualité : c'est dans l'attention qu'on perçoit leur richesse et la façon dont ils nous ont « sensiblement envoutés » sans qu'on s'en rende compte. C'est vraiment réussi !

Que pourrais-je dire de façon personnelle après avoir vu l'ensemble des épisode de Mushishi ? Et que vous en dire qui vous éclaire un peu olus encore sur sa nature ?
Déjà, vous commencez maintenant à connaître mes goûts au niveau des animés : je ne refuse en rien les animés d'action, mais le shonen de base n'aura que peu de chance d'éveiller un gros intérêt chez moi
En cela déduisons que Mushishi est... assez loin du shonen de base. C'est très clair ;-) On est plus proche là effectivement de l'animé « contemplatif » et à atmosphère (et plus encore à histoire) que de la bonne grosse série orientée mechas et gros fracas. Mushishis contient ses moments d'actions et de tensions, mais, non, ne vous attendez pas à ce que Ginko éclate la face des Mushis à grands coup de bâtons de dynamite ;-) Par rapport à ce que je disais plus haut, se confronter aux Mushis ne veut pas dire affronter violemment. Cela veut dire, comme je le disais également plus haut, que Ginko tente de résoudre du mieux possible les situations qui auront été créé par l'interaction par trop rapprochée entre Mushis et humains.
Et c'est bien là ce qui est intéressant dans cet anime en fait : après l'étonnement face à la situation créée, comment cela a-t-il pu arriver et comment Ginko va-t-il s'y prendre pour résoudre ça ? Ca tient presque de l'enquête policière naturaliste en fait !
Comment s'y prendre pour aider un jeune garçon à la « main divine » par exemple, qui donne la vie à chaque chose qu'il écrit ou dessine de sa main droite ? Comment résoudre le dilemme d'une jeune fille qui ne peut plus parler car sa voix attire « la rouille » et fait rouiller les choses et même les gens autour d'elle ? Et quoi entreprendre devant des gens qui parviennent à faire renaître à l'état de bébé leur proches fraîchement décédés ? Pourquoi, enfin, un homme erre-t-il dans une forêt de bambous dont tout le monde peut sortir aisément sauf lui, condamné à toujours et toujours revenir sur ses pas ? C'est ce type d'histoires toujours surprenantes que se propose de vous raconter Mushishi, avec les conséquences humaines que cela peut avoir et enfin la façon dont Ginko tentera de résoudre, ou pas, de telles situations.
Et c'est bien ça qui en fait sa valeur et tout son attrait : à chaque fois une nouvelle histoire totalement surprenante et assez sidérante d'imagination... Il fallait en avoir pour imaginer autant de possibilités qui à chaque épisode nous étonnent toujours autant !

Mais entendons-nous bien également : si je parle beaucoup depuis le début de nature, des relations entre les humains et leur environnement naturel ou avec les Mushis, Mushishi n'en est pas pour autant un anime écolo. Et encore moins un truc moralisateur sur la façon dont l'homme devrait être et agir. Au contraire, s'il l'aborde, cet anime ne s'appesantit pas sur la question de la nature et de sa préservation ou de son exploitation. Il montre même qu'il n'y a pas de vue unique ou de résolution simple des problèmes, beaucoup de paramètres sont en jeux, et chacun a une réelle importance. C'est une position qui a vraiment son intérêt dans cet anime puisque chacun de nous pourra alors trouver la morale qui lui convient. Mais aucun de nous ne pourra ignorer néanmoins qu'il existe des points de vue multiples et qui ont tout autant de valeur. Et de toute façon, fidèle à son idée de départ, Mushishi s'attache avant tout à son histoire. Bonne ou mauvaise, heureuse ou dramatique, la résolution viendra. L'anime ne dit pas si c'est bien, il dit juste ce qui est. J'ai apprécié cette façon de faire.
On l'aura aisément compris, j'ai fortement apprécié cet anime. Et s'il n'est pas devenu pour autant MON anime fétiche, il fait clairement parti de mon trio de tête
Je ne saurais honnêtement que le conseiller à toute personne qui apprécie les bons animés et les bonnes histoires, pour peu qu'on ne soit pas allergique aux rythmes lents.
Car, oui, c'est un des « reproches » qu'on pourra adresser à Mushishi si on le désire. Son rythme est indéniablement lent. Heureusement d'ailleurs, c'est plus qu'un choix, c'est une parfaite nécessité. Si on n'apprécie pas ou si on s'ennuie dès que les dialogues dépassent cinq phrases, dès lors Mushishi aura peu de chance de plaire :-) Et encore, la qualité des histoires pourrait séduire quand même !
Mais bon, cela peut être un écueil pour les personnes amatrice de grosse action vrombissante ;-)
Un autre « reproche » pour la route ? Ho, Mushishi n'en est pas exempt puisqu'il ne prétend pas à être parfait, mais bien souvent cela se résume à des détails. On pourra donc lui reprocher à l'occasion un déroulement de l'histoire parfois un peu similaire. La situation reste étonnante, toujours, mais le déroulement de l'action devient « prévisible » parfois après qu'on ait visionné un bon paquet d'épisodes. On se dit : « Ha, tient, paf, là, la femme de cette homme a disparu, ou c'est sa mère, ou sa fille, ou je ne sais qui encore... ou alors elle est morte », et en général on a juste ;-) Mais bon, cela reste le cas de quelques épisodes qui ne perde pas de leur valeur pour autant.

Mushishi au final ne brille pas d'un éclat aveuglant dans ses paramètres, il ne révolutionne pas le monde des animés. Mais ce qu'il fait, il le fait bien, vraiment bien et avec une réelle harmonie : les histoires sont le centre et tout porte les histoires, tout en ayant de vraies qualités propres.
On en retient dès lors un anime serein, habile, complexe et pourtant limpide, riche, évolué, toujours surprenant et d'un imaginaire à la fois fertile et apaisant. Mushishi, c'est zen et reversant !
En tous cas, Mushishi, c'est du bon, mangez-en ;-)



© Jin'sei RPG 2002-2006 - Propriété de Oulan et son staff...
Design (graph. & prog.) par Nad
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite. Tous les jeux, consoles, mangas, animes, images,... appartiennent à leurs marques, auteurs,...respectifs.