



Critique
Posté le 22 septembre 2009 à 11h58 par Vlidie
Les japonais sont très forts. Pourquoi ? Ils peuvent écrire tout un scénario à partir de n'importe quelle activité, tout et n'importe quoi : ping-pong, vin, boulangerie... Et ici dans Chobits nous parlerons informatique. Mais pas d'informatique à proprement parler : imaginez juste un monde où tous les ordinateurs auraient une apparence humanoïde... A travers cet univers, nous retrouverons -ou découvrirons- des thèmes et questions très souvent abordés dans les mangas de CLAMP.

L'histoire se passe dans un Tokyo actuel, la seule différence entre notre monde et celui de Chobits est qu'une tendance à posséder des ordinateurs à apparence humaine, homme ou femme, s'est développée auprès du grand public.
Hideki Motosuwa est un étudiant ronin, c'est à dire qu'il a loupé ses examens d'entrée à l'université et doit les repasser. Il passe son temps à préparer son concours d'entrée et comme ses parents ne lui donnent plus d'argent et qu'il est complètement fauché, il travaille le soir dans une brasserie. Une nuit en rentrant chez lui, il découvre un superbe ordinateur ressemblant à une jolie fille jeté aux ordures. Il décide de le (la) récupérer, malheureusement il n'y connait rien aux ordinateurs et celui (celle ) qu'il a récuperé semble avoir perdu toutes ses données. Bien qu'il ne sache même pas parler, l'ordinateur renommé Tchii (Chii en japonais) se révèle être beaucoup plus puissant et très différent des autres ordinateurs. Dans ce manga, nous suivrons l'évolution de la relation entre Hideki et Tchii, mais aussi, plus globalement, la relation entre les humains et ces ordinateurs aux formes humaines... Plus encore dans ce manga est abordé spécifiquement la limite des différents sentiments d'attachement et d'amour.

Je vous en dévoile seulement la moitié sinon je serais forcée de spoiler >_<
Jeune homme de 19 ans qui a quitté sa campagne natale pour étudier à Tokyo et se préparer aux concours d'entrée aux Universités. Il est plutôt gentil, assez nerveux, un peu naïf, honnête et toujours prêt à aider son entourage, et enfin bien sûr totalement désargenté
L'ensemble de ces "qualités" serait la raison pour laquelle il n'a jamais eu de copine et est toujours puceau. On peut penser que c'est de cela que découle sa passion pour les magazines pornographiques...Mais aussi son habitude de parler tout seul dans sa petite chambre lorsqu'il réfléchit.
L'ordinateur de Hideki. Il apparaît qu'elle est beaucoup plus puissante qu'un ordinateur ordinaire bien qu'elle ne sache dire que Tchii au départ. Sa conception et son passé restent un mystère. Le plus troublant, c'est qu'elle semble exprimer des émotions telles que la joie et la tristesse ou encore d'être capable d'actions tout à fait imprévues dans certaines circonstances.

Le meilleur ami de Hideki, il prend des cours dans la même classe prépa. Il est plus calme qu'Hideki, et s'y connait bien mieux en ordinateurs. Il possède un modèle d'ordinateur portable appelé Sumomo, pas plus haut qu'une pomme et bourré d'énergie.

C'est un jeune collégien provenant d'une école d'élite, habitant (seul ?) une grande résidence et entouré d'une myriade d'ordinateurs à l'apparence de femmes toutes plus sexys les unes que les autres. C'est lui qui les a conçu, il est extrêmement doué. Il est particulièrement attaché à un de ses ordinateurs, appelé Yuzuki. Ils ont tous deux d'ailleurs un étrange air de famille...

C'est la logeuse de Hideki et on la voit constamment avec un balai dans les mains. Gentille, calme et serviable, elle est très maternelle. Justement sensible aux poches vides de Hideki, elle lui apporte souvent une part de son dîner et donne d'anciens vêtements pour Tchii... Avec son air innocent et son obstination à balayer la cour, elle ne donne pas l'air d'avoir d'importance dans l'histoire pourtant elle en sait beaucoup plus qu'elle ne le semble.

C'est une lycéenne qui travaille dans la même brasserie que Hideki. Ce dernier la trouve particulièrement mignonne : elle est plutôt petite, possède une "douce poitrine" dans un bonnet E. Elle prend soin de Hideki, si bien qu'il pense qu'elle a un faible pour lui. Elle possède un petit ordinateur en forme de lapin, car les ordinateurs en forme d'humain la dépriment. Pour elle, les ordinateurs surpassent les humains en tout point et elle en est un peu jalouse.
Le manga est constitué de 8 tomes. C'est effectivement une série courte, et absolument bien équilibrée. Du début à la fin, le rythme du manga est respecté, ni trop rapide, ni trop de détails.
Pour ceux qui connaissent plus ou moins CLAMP, vous devriez savoir que ce groupe de mangaka est constitué de 4 femmes. Ici, et comme la plupart de leurs mangas, on se retrouve avec Nanase Ohkawa au scénario et Mokona Apapa au dessin. Sauf que cette fois le style graphique est différent de celui que nous pouvons retrouver dans leurs autres mangas. Pas de bishônen (traduire "mecs mignons") aux traits tout en angles et montés sur échasses, fini les grands yeux plein d'étoiles. Le trait est plus réaliste, plus arrondi et plus adulte... Normal à la fois puisque nous ne nous adressons plus au même public dans Chobits : comme déjà dit, ce n'est plus un shôjo mais bien un seinen. Même si à première vue le dessin est plus "épuré" que le dessin traditionnel de CLAMP , il ne manque pas néanmoins de regorger d'une multitude de petits détails travaillés : les plis des vêtements, les ombres, chaussures... Le tramage reste quant à lui très sobre se limitant la plupart du temps aux contrastes de noir et de blanc. Pour ma part, j'apprécie beaucoup plus ce type de dessin de la part de Mokona Apapa. Il faut noter néanmoins que ce style avait déjà été utilisé antérieurement pour le manga Angelic Layer. On notera que la similarité entre les deux mangas ne s'arrête pas là. En effet, la trame principale de l'histoire de Angelic Layer concerne un jeu de combat réalisé grâce à des poupées qu'on peut contrôler par la pensée alors que dans Chobits, ce sont les ordinateurs qui ressemblent à des poupées. Et il existe quelques références à Angelic Layer dans Chobits. Enfin, ces deux mangas sont les seuls de CLAMP à ma connaissance apparentés à la sciences fiction. Bien qu'une comédie romantique teintée de science-fiction peut paraître à première vue originale, l'idée d'une histoire basée sur la rencontre improbable et soudaine d'un mec paumé dans sa vie et une jeune fille sortant de l'ordinaire (extraterrestre, déesse, etc...) n'est vraiment pas nouvelle, on pourra penser sans difficulté à quantité d'exemples.
Le manga parle principalement d'ordinateurs, et fait souvent référence au jargon de l'informatique. Néanmoins, les mangaka ayant décidé que Hideki serait un noob total en informatique, tous ces termes même les plus simples sont expliqués au fil du scénario, ce qui permet franchement même aux plus nuls en informatique d'entre nous de suivre cette histoire
. De fait, cet univers informatique n'est qu'un support environnemental pour le développement de l'histoire.

Chobits est, comme je le disais, un Seinen, c'est à dire un manga pour "jeunes hommes". En réalité s'il est classé ainsi, c'est qu'il est légèrement osé et cru par endroit. Le héros est un sympathique obsédé et lit beaucoup de magazines pornographiques, donc on voit pas mal de filles dénudées ou dans des poses aguicheuses -et Tchii n'est pas en reste- et les allusions au sexe sont nombreuses. Autre exemple dans le fait que les numéros de séries de ces ordinateurs à forme humaine et autres interrupteurs sont généralement localisés à des endroits plutôt vicieux, ce qui permet à l'utilisateur de s'occasionner quelques saignements de nez
.Voilà pourquoi Chobits serait plutôt masculin, et pour adultes. Mais rien de choquant malgré tout, même les passages les plus crus passent avec une certaine pudeur...
Malgré cela Chobits est très très loin d'être un manga machiste ! Il est tout au contraire très fleur bleue et sentimental. La réflexion de ce manga se concentrera sur l'attachement progressif entre Hideki et Tchii, ainsi que tout un tas d'histoires sentimentales autour des ordinateurs et leurs possesseurs.
Malgré le ton sérieux de la relation entre les différents personnages, Chobits est un manga assez drôle notamment grâce au héros. En réalité le côté obsédé, maladroit et énervé de Hideki donne plutôt un ton d'humour à l'histoire et est souvent l'occasion de passages assez hilarants.

Si Chobits peut être apparenté à de la science fiction, ce n'est pas ce qu'il y a de plus marquant dans ce manga. Certes, ces modèles humanoïdes sont le sujet de réflexion, mais ils ne sont là que pour supporter la véritable intrigue : quel est cet ordinateur jeté à la rue ? Pourquoi a-t-il (elle) fini là et quelles sont ses origines ? Et cette intrigue initiale qui consiste à rechercher d'où vient Tchii et pourquoi elle est si spéciale va vite dévier vers un thème récurrent et très présent chez CLAMP : qui avons nous le droit d'aimer ? Ce manga tente de porter une réflexion psychologique sur le sentiment amoureux, non seulement à travers la relation Tchii et Hideki, mais aussi à travers plusieurs autres personnages et situations. L'amour impossible entre un humain et son ordinateur, entre ordinateurs mêmes, entre personnes d'âges complètement différents, adultères... Mais rappelez vous, dans Sakura Card Captor, de cette petite fille de 8 ans à peine qui est amoureuse et fiancée de son professeur ?... pour ne citer que cet exemple. Côté histoires d'amours interdits, CLAMP est loin d'en être à son coup d'essai.
Un autre thème récurrent et abordé dans Chobits (et dans Sakura !), mais avec moins d'importance ici, est l'oubli des êtres aimés. Ces deux thèmes sont globalement traités avec justesse et émotion (enfin, pas de quoi avoir la larme à l'œil non plus) et de façon assez réussie.

J'ai bien aimé Chobits, bien que je pense qu'il est loin d'être le meilleur de CLAMP. Je pense que tout fan de CLAMP adore cette série qui est très réussie, autant sur le point graphique que sur le point scénaristique. Même Olivier, lui qui n'aime pas en général les graphismes des mangas de CLAMP, apprécie particulièrement ceux de Chobits. Si au niveau graphisme le style change, et bien que ce soit un Seinen, comme on l'a vu, les thèmes restent communs aux mangas de CLAMP ce qui en fait, en fin de compte, une œuvre qui ne se démarque pas particulièrement du reste de leur production.
Personnellement, c'est un aspect des mangas de CLAMP que j'apprécie particulièrement : nous faire avaler des histoires d'amour impossibles et à la limite dérangeantes, qui sont abordées presque de façon simple, naturelle et presque évidente.
C'est là, on l'a vu, un Seinen, mais je pense néanmoins que par son côté fleur bleue il a plus de chance de toucher un public féminin.
Ce que j'ai le plus apprécié dans Chobits, en dehors de ses superbes dessins... C'est Hideki. Je suis absolument fan de ce personnage honnête, gentiment naïf et un brin crétin. En fait j'ai beaucoup ri dans Chobits à cause de ce personnage et de son humour souvent débile. C'est sans doute là aussi une des choses qui m'a poussée à acheter la série en entier.
Ce n'était pourtant pas gagné, et pour plusieurs raisons. Un des premiers arguments est que cette série est un peu trop classique à mon goût, bien que le décor planté avec les ordinateurs à l'aspect humain était assez original au départ. Les personnages sont également assez classiques et sans grosses surprises. Peut être à part pour l'histoire de Yumi, et encore ? Si on se pose des questions sur Tchii, sa provenance, certains personnages un peu louches, trop honnêtes pour être vrais... On n'est pas impatient de savoir ce qu'il en est, et même on se doute très vite, et trop vite, de l'issue des différentes "énigmes". Donc, ce n'est pas le genre de manga qui tient en haleine, mais il se suit gentiment.
Un autre argument est que l'histoire est constamment coupée par le scénario du livre dont Hideki fait cadeau à Tchii. Je sais que c'est absolument nécessaire à l'histoire... Mais avouons que ça devient vite lourdingue. Dans ces passages, on ne comprend pas grand chose, ils sont assez fréquents et trop longs pour leur utilité, les dessins ne sont pas très beaux et minimalistes. Le résultat final est que ces passages cassent le rythme de l'histoire. C'est assez dommage.
Par ailleurs, si la plupart du temps la réflexion sur les différents sentiments des personnages sont menés adroitement, on peut quand même reprocher à Chobits à l'occasion de tendre vers une psychologie un peu à deux balles.

Notons, pour être complet qu'il existe également un anime adapté à partir du manga. Il est légèrement différent, plus long et beaucoup plus axé sur l'humour. Bien que ce soit le même humour que le manga, les blagues s'allongent et deviennent vite lourdes : faire un épisode sur l'achat de sous-vêtements par exemple, c'est un peu léger. On peut reprocher à l'anime d'atteindre un niveau de superficialité qui n'existe pas dans le manga. Personnellement, je trouve qu'il n'est pas désagréable à regarder, il est même sympathique, mais j'ai néanmoins une préférence pour le manga.
En conclusion, je trouve que Chobits est un manga sympathique et attachant mais sans montrer de qualités sortant de l'ordinaire. Il se lit assez facilement, et est assez léger grâce à l'humour même si son sujet est un poil plus sérieux. Ce n'est pas forcément un manga indispensable, ni le manga du siècle, mais quand on est fan de CLAMP je pense qu'on se doit de le posséder. Je pense aussi que c'est le manga idéal pour les personnes voulant découvrir ces mangakas puisque c'est une série courte et qui colle tout à fait à leur style.



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