






Dragon Quest II par GhostDog
Posté le 8 novembre 2005 à 20h32
Alléché par le joli succès de Dragon Quest, certes limité mais à l’ambiance magique et prenante, Enix s’empressa de mettre en chantier une suite. Ainsi, en 1987, moins d’un an à peine après ce foudroyant premier succès, sortit Dragon Quest II. Aux USA, l’éditeur respecta ce timing en proposant en 1990 Dragon Warrior II un an après le premier épisode. Reste à voir si cette suite apporte son lot d’améliorations et gomme les pénibles défauts de son aîné…
La légende raconte que, dans une contrée lointaine du nom d’Alefgard, le valeureux Erdrick vainquit le Mal à l’aide de la divine Sphère de Lumière et devint le plus grand guerrier de tous les temps, amenant paix et prospérité à tout un peuple. Puis, un jour, cette paix fut mise à mal par le vil Roi Dragon, instaurant peur et terreur dans le cœur d’un royaume accablé et démuni. Un Roi Dragon finalement défait par un descendant du légendaire Erdrick, ce dernier sauvant au passage des griffes du monstre la Princesse Gwaelin, fille du Roi Lorik XVI. Comme souvent dans ces belles histoires, la belle tomba éperdument amoureux de son Héros. Ensemble, ils s’installèrent sur une terre inconnue et fondèrent leur royaume, Torland. Ensemble, ils vécurent heureux et eurent trois enfants. A l’aîné, ils léguèrent le pays de Midenhall. Au deuxième prince le pays de Cannock. Enfin, à la jeune princesse le pays de Moonbrooke. Les peuples de ces royaumes connurent de longues années de paix et d’harmonie. Mais il faut croire que rien n’est jamais acquis, que rien n’est immuable, le Mal se terrant quelque part en attendant le moment propice pour surgir et frapper…
Cent années ont passé depuis le chute du Roi Dragon. DWII débute au château de Moonbrooke, sous le feu d’une attaque surprise d’une armée de monstres envoyée par Hargon le Sorcier, qui nourrit le sombre dessein de gouverner le monde, rien que ça. Devant la fulgurante soudaineté de l’assaut, les pertes sont épouvantables du côté de Moonbrooke. Ainsi, vous assistez à la mort du Roi, assassiné en tentant de protéger sa fille, en bien mauvaise posture. Pourtant, un soldat en réchappe et, bien que sérieusement blessé, entreprend de rallier le château de Midenhall pour avertir le Roi de ce pays ami. Il y arrive et meurt en délivrant son message. Le Roi, étant trop âgé pour se lancer dans la bataille, se tourne alors vers son Héritier, vous en l’occurrence. Descendant (que vous aurez préalablement nommé) du légendaire Erdrick, votre destinée est de combattre et de vaincre le Mal, quelque soit la forme qu’il prend. Avant de vous laisser partir, votre père vous conseille d’aller demander l’appui de vos cousins, le Prince de Cannock et la Princesse de Moonbrooke, eux-même descendants d’Erdrick et du Héros qui terrassa le Roi Dragon. Il vous laisse également le contenu d’un coffre, renfermant une épée et un peu d’argent. Vous voilà paré pour l’aventure, un long voyage dans un monde mystérieux et magique sur le point de débuter, dont le but final est de terrasser le sombre Hargon…

Souvenez-vous, dans DW vous aviez comme unique compagnon la douce mais amère solitude. Votre Héros était seul pour affronter les multiples dangers, seul à se dresser contre le Roi Dragon. Un peu tristounet tout cela. Rassurez-vous, dans DWII, vous recevrez l’aide Ô combien précieuse de deux compagnons. Si vous démarrez l’aventure en solitaire, votre premier objectif consiste à retrouver vos deux cousins, à savoir le Prince de Cannock et la Princesse de Moonbrooke. Une fois cette tâche effectuée, ils se rallieront à vous et vous accompagneront dans votre croisade contre Hargon. Vous aurez donc la tâche de diriger ce trio de personnages, aux caractéristiques bien différentes. Le Héros est le plus fort du groupe, spécialisé lors des combats dans les attaques physiques et aussi le plus résistant pour encaisser les assauts adverses. En revanche, il n’a pas accès à la magie. Le Prince, en revanche, pourra utiliser de puissants sorts magiques tout en ayant une habilité correcte pour l’attaque physique, ce qui en fait un combattant plutôt équilibré, même s’il se révèle plutôt faiblard en défense. Quant à la Princesse, c’est le personnage qui a le plus de prédispositions pour la magie. Ses habilités pour le soin et les magies offensives sont intéressantes mais contrebalancées par des capacités d’attaque physique et de défense dramatiquement faibles. Sachez également que vous aurez à gérer l’inventaire (limité à huit items) de chacun des membres de votre groupe, ceux-ci ayant accès à des armes et pièces d’armure différentes. Au final, ce DWII introduit dans son système de jeu un petit concept de micro-gestion de groupe qui, bien qu’effleuré et au stade embryonnaire, est une petite innovation bienvenue par rapport au premier opus.
Autre amélioration, les combats. Précédemment cantonnés à du un contre un sans grand intérêt, ici ils vous mettent au prise contre plusieurs monstres. Ils se déroulent une nouvelle fois en vue subjective, seuls vos opposants étant visibles. Vous devez choisir l’action à effectuer pour chacun de vos combattants via un menu qui diffère quelque peu selon vos combattants. Pour le Héros, vous avez le choix entre attaquer (Fight), fuir (Run), défendre (Parry, une nouveauté) et utiliser un objet (Item). Adeptes de la magie, le Prince et la Princesse voient la commande Run disparaître au profit de la commande Spells. Je ne vous surprendrez pas en écrivant que chaque victoire rapporte un gain de points d’EXP et un peu d’argent, et que les personnages de votre groupe monte en level en accumulant ces EXP. Une montée en puissance qui se voit plafonnée au level 50 pour le Héros, 45 pour le Prince et 35 pour la Princesse. Il est regrettable d’être limité de la sorte mais ne faisons pas la fine bouche, il y a également du progrès sur ce point par rapport à DW (où le Héros ne pouvait pas aller au-delà du level 30 !). Globalement, les combats se montrent bien plus intéressants qu’auparavant, les affrontements en groupe apportant une dose de stratégie non négligeable. En revanche, le fait de s’astreindre à de longues et fastidieuses séances de level-up est plus que jamais d’actualité. Le bestiaire a été renforcé, les affrontements plus difficiles et fréquents. Il s’agit toujours de faire en sorte d’avoir un niveau plus élevé que celui des monstres pour éviter toute mort prématurée à l’arrivée dans chaque nouvelle zone ou nouveau donjon du jeu. Cassant pour le rythme de jeu, mais d’autant plus nécessaire au vu de la faiblesse de vos deux compagnons, en premier lieu la Princesse dont la faible résistance a le don d’énerver même le plus calme des maîtres zen.
Autre point qui a subi quelques modifications depuis le premier volet, l’interface lors des phases en ville et d’explorations. Si vous avez dévoré le test de DW, vous devez toujours avoir en mémoire ce fameux menu d’une lourdeur quasi-légendaire vous obligeant à sans cesse appuyer sur le bouton A de votre manette NES pour pouvoir accomplir la moindre action (parler, ouvrir une porte,… prendre un escalier !!!). Ce menu est toujours présent mais le nombre de commandes a été revu à la baisse, se déclinant en six possibilités : Talk (pour parler aux NPC), Spell (utiliser un sort magique, une petite vingtaine seront disponibles au fur et à mesure de votre avancée dans le jeu), Status (pour consulter les stats de vos personnage comme la force, l’agilité, magic power, attack power, defense power…), Item (pour voir les objets présents dans l’inventaire), Search (pour chercher un objet caché dans le décor, prendre le contenu d’un coffre…) et Equip (quand vous achetez de nouvelles armes ou armures, vous devez les équipez manuellement, alors que cela se faisait automatiquement dans DW). Pour prendre un escalier, plus la peine de passer par le menu, il suffit d’aller dessus. C’est beau le progrès ! Une interface donc quelque peu épurée de certaines de ses contraintes, mais qui reste omniprésente tout au long de l’aventure, ralentissant constamment le rythme global. Ce qui s’avère pénible pour les esprits de nature impatiente, j’en conviens, mais cela fait partie intégrante de la mythologie Dragon Quest…


Après un DW à l’ambiance enchanteresse pour peu que se l’on laisse bercer par la magie hypnotique de la quête, qu’en est-il de ce second volet ? Tout d’abord, si le scénario reste basique, faisant preuve d’un classicisme à toute épreuve et aux rebondissements quasi-inexistants, l’univers mis en place gagne considérablement en consistance avec une map monde au moins quatre fois plus vaste que précédemment, avec un nombre de lieux (villes et donjons notamment) en nette augmentation. Petit clin d’œil sympathique, sachez que vous serez amené à passer par le royaume d’Alefgard (Tantegel Castle, Charlock Castle), théâtre de l’opus précédent. La mécanique narrative, tout en demeurant simpliste, a quelque peu été étoffée (les dialogues plus nombreux) et on constate avec plaisir l’ajout de parties optionnelles dans le but de mettre la main sur de précieux items rares. Si le début du voyage est plutôt linéaire (à la recherche de vos deux cousins), après un certain temps de jeu, une fois le bateau acquis, la liberté d’aller où bon vous semble viendra flatter votre ego avide de non-linéarité et de plongée enthousiasmante vers l’inconnue. Evidemment, le fait d’être libre contribue à la difficulté corsée du soft et l’on peut très vite être pris de vertiges devant cette absence de prise en main. Quant aux personnages, ils sont frappés de plein fouet par le syndrome de la « coquille vide », leur profil psychologique étant creux et superficiel, et manquent par conséquent singulièrement de charisme. Ce qui laisse, dans la droite lignée de DW, la place à l’imagination, votre esprit venant à combler les lacunes scénaristiques et le « vide » habitant les membres de votre groupe, imaginant, visualisant les dialogues, les motivations et émotions de chacun, leur passé, les situations rencontrées… Là est la magie Dragon Quest, envoûtant imparablement le joueur réceptif par son ambiance et son rythme délicieusement évanescents, subtile invitation à une rêverie sincèrement rafraîchissante. Un trip une nouvelle fois servi sur un plateau par ces trois génies que sont Yugi Horii (scénariste et game designer), Akira Toriyama (character designer) et Koichi Sugiyama (music composer).
Si cela n’est pas particulièrement flagrant de prime abord, DWII propose des graphismes améliorés, peaufinés par rapport à son aîné, notamment l’apparence des châteaux et des villes sur la map monde, les sprites... La petite déception vient des combats, se déroulant désormais sur un triste fond noir. Les monstres sont représentés de manière plus fine et leur design est toujours aussi admirable, avec un aspect cartoon furieusement réjouissant. Toujours à propos des combats, ils se révèlent à nouveau statiques, aucune animation ne venant les égayer. Quant aux musiques, Mr Sugiyama, décidément béni des Cieux, nous a composé une œuvre délicieuse pour nos oreilles avec un thème d’ouverture imposant et des morceaux alternant entre les thèmes tendance « classique » aux charmants relents de romantisme et les thèmes plus épiques. A ceux ne supportant pas le rendu sonore d’une NES évidemment désuète à ce niveau mais désireux de profiter de ces sublimes compositions dans les meilleures conditions, je conseillerais évidemment de se jeter d’urgence sur les OST tirés du jeu. Les Dragon Quest II Suite, Dragon Quest II CD Theater et autre Dragon Quest I&II Symphonic Suite sont des albums que je vous recommande chaudement ! Enfin, un dernier mot concernant la durée de vie, largement supérieure au premier volet : comptez environ 35-40 heures pour venir à bout de l’aventure, à la difficulté élevée. Toutefois, vous passerez énormément de temps à guerroyer, et la lassitude et le découragement peuvent rapidement venir s’insinuer sournoisement chez les aventuriers les moins motivés…




© Jin'sei RPG 2002-2006 - Propriété de Oulan et son staff...
Design (graph. & prog.) par Nad
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite. Tous les jeux, consoles, mangas, animes, images,... appartiennent à leurs marques, auteurs,...respectifs.